Sigmar est un petit garçon à part qui, par le pouvoir de l'imagination, change les mondes, voit partout autour de lui les objets comme des animaux - l'aspirateur est un poisson de pierre dans une grotte marine, les biches ornant une nappe sont perdues dans un labyrinthe. Au lit un livre à la main, dehors au jardin, sur le chemin des courses avec Björg, sur son chantier naval ou plongé dans le corps de l'écureuil de son dessin, les excursions de l'enfant aménagent sa solitude et capturent nos conceptions du monde réel. Devenu écureuil, il marche jusqu'à la ville.
Un homme vit et peint dans ses caravanes tout près de la Sandá, une rivière glaciaire aux confins de l'Islande. L'été s'achève, les tableaux s'entassent dans l'atelier, les visites sont rares et les nuits, de plus en plus froides et tranquilles. Avec en tête la biographie de Chagall ou les lettres de Van Gogh, l'artiste arpente la forêt, s'oubliant dans le courant du temps passé, que viennent interrompre les apparitions irréelles de la femme à l'imperméable rouge. Une seule chose lui importe : peindre la vérité des arbres qui l'entourent.
Jónas entend de la musique en toute chose. Le sifflement de la bouilloire devient pour lui une sérénade, le ronronnement du congélateur une symphonie. Il note tout au fur et à mesure dans son fidèle carnet moleskine. Fatigué de sa vie de publicitaire et de la tiédeur de son couple, il quitte Reykjavik pour un village de l’est de l’Islande afin d’y composer une œuvre décisive, une Marche funèbre (pour débutants) dictée par le bruit d’un feu mourant, ou peut-être une Étude pour violoncelle, scie et marteau.